Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Parfois, quand je fais les courses, je tombe sur des bombes.

Des grandes, des petites, des fines, des rondes, des brunes, des rousses, des blondes, des myopes, des taches de rousseurs, des baguettes, des bouclettes, du satin et du lin ...

Cette beauté changeante, variable, subjective qui me cloue sur place et me laisse des étoiles dans les yeux et la bouche légèrement entrouverte, un air niais et une pointe de jalousie.

Parce qu'en dehors de cette petite musique de fond qui ne cesse de nous dicter ce qu'il faut être pour exister, la standardisation de la beauté ne m'a jamais fais vibrer ou mis des papillons dans le ventre pour m'entendre ensuite dire " Tu as vu ? Elle est trop belle !".

La singularité. Le détail qui tue. Ou alors l'harmonie de l'ensemble.

Je ne sais jamais vraiment ce qui provoque cette ébahissement si ce n'est une signature stylistique très affirmée (voire poussée à l’extrême). Comme cette fille toute menue à la peau diaphane remplie de tatouages, aux cheveux bouclés noir violine et aux grand yeux verts Une personnalité digne à sortir des mangas.

Et moi, je me sens tellement banale. J'ai l'impression qu'il me manquera toujours ce petit grain de folie qui rend les femmes vraiment belles. Je me sens lisse, fade, transparente malgré tout mes efforts pour me sentir femme, le make up, le changement de garde robe, le changement de coupe et de couleur. Sans rien qui fasse dire aux autres : " whaou ".

Se sentir fade, sans relief, ordinaire en somme, sera t'il le nouveau mal ? Dans cette société où l'injonction n'est plus à l'uniformisation (ou un peu moins) mais à la différenciation. Parce que c'est vrai quoi, il faut bien se "distinguer " , "sortir du lot " pour obtenir un minimum d'attention dans son travail, dans sa famille, dans la communauté qu'on s'est créée ou même à mac donald où l'on te prie de venir " comme tu es " ..

J'envie celles (et ceux) qui savent se donner de la " personnalité ", du relief, du piquant, qui sortent -véritablement- du lot car je souffre du syndrome du passe muraille depuis tellement longtemps que je ne sais même pas ce que c'est d'être sur le devant de l'estrade et non pas dans la figuration.

Ah, les temps bénis des spectacles scolaires où je jouait un arbre dans le fond pendant que les autres dansaient la macarena déguisés en massaï sous les yeux ébahis de leurs parents.

Etre remarquable. Visible. Distincte aux yeux des autres. Frapper les esprits. Sans jamais tomber dans la vulgarité et le mauvais goût. Sans jamais se déguiser et jouer un personnage. Etre originale mais vraie. Laisser une impression sur les autres, se sentir utile, être unique, compter un petit peu. Tout ceci est tellement imbriqué en moi.

Mais cela doit être une affaire entre moi et moi.

Ne pas être capable de choisir de montrer ce à quoi je tiens le plus en moi. Peut être parce que je ne tiens à rien justement.Avoir un autre corps, une autre peau, une autre tête, ne serais pas insurmontable pour moi.

Ne pas être capable de révéler ce que je perçois de mon identité par peur de choquer ou de décevoir. Comme ses deux rêves de tatouages qui èrent dans mon esprit depuis cinq ans sans jamais rien n'y changer. Ou comme cette envie de couper mes cheveux courts et de redevenir brune. Sans jamais prendre rendez-vous chez le coiffeur.

Ne pas savoir se passer de la validation extérieure et de l'opinion des autres (l'avis de ma mère, de ma sœur, de mon homme, de ma psy, de mon médecin..), et de cesser d'obéir aux codes du moment. En un an, j'ai changé deux fois de garde robe. Sans jamais me trouver. En un an, j'ai changé deux fois de coupe de cheveux et au moins autant de fois de couleur de cheveux. Sans jamais me trouver.

Je suis encore loin de l'équilibre singularité / envie d'appartenance à un groupe.

Je ne sais pas qui je suis.

 

Tag(s) : #Humeurs

Partager cet article

Repost 0