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En ce moment, les selfies poubelle des Tunisiens font le buzz.

Pour ceux qui sont dans une grotte : en Tunisie (mais j'ai aussi vu ce phénomène lors de mes voyages en Egypte et en Turquie, au Maroc également), des monceaux d'ordures empestent les rues, des sacs plastique ornent les arbres, des bidons d’essence vide flottent dans les fleuves et les poubelles, qui débordent, ne sont jamais ramassées. En cause : les autorités municipales du pays, qui n'assument pas leurs responsabilités et un manque de civisme des autochtones ou des touristes ( d'ailleurs qu'on est touriste fanatique de photos, comme moi, il faut vraiment cadrer au maximum pour enlever tout ces immondices qui te gâchent à peu près tout tes clichés).. Pour leur faire honte, des Tunisiens ont lancé une campagne sur les réseaux sociaux, à coups de selfies pris à côté des déchets qui s'accumulent. Bien, bien, bien ...

Colère, sentiment d'impuissance et découragement.

C'est ce que provoque cette initiative chez moi.

En tant que citoyenne, j'admire leur prise de position dans ce pays qui a "d'autres problèmes à régler avant de s'occuper de l'environnement". C'est ce que l'on m'avait répondu quand je me "plaignais" - en fait, j'en avais mal au cœur pour la planète - des champs d'ordures en périphérie de ma ville de villégiature. Mais je doute que cette façon d'alarmer les autorités fassent vraiment bouger les choses. Puisque comme ils le disent si bien, tout le monde s'en fou ! Même le gars qui sort de chez lui avec sa voiture de luxe.

Je crois que c'est bien ça le problème au final. Alors que les impacts dévastateurs de nos modes de vie sur la planète font de plus en plus souvent l'objet de débats enflammés, nos belles intentions ont été balayées par la crise, les difficultés quotidiennes, le manque d'engagement, les politiques qui ont brûlé le torchon ... Trop d'efforts individuels pour peu de résultats collectifs.

Pourquoi ferrais-je des efforts alors que le voisin arrose ses plantes même quand il pleut, que le président voyage en jet privé, et que les grandes entreprises polluent les rivières ? L'efficacité ne réside t'elle pas dans le concret ? Les règles ne sont elles pas les mêmes pour tout le monde ? C'est de notre monde qu'il s'agit ! Je pense qu'on a depuis longtemps dépassé le stade où l'écologie pouvait passer pour une valeur morale, où il suffisait d'avoir un comportement cohérent avec ses idées et de pousser un coup de gueule de temps en temps.

Nous avons chanté, dansé. Quand je dis «nous », entendons un quart de l'humanité tandis que le reste était à la peine. Nous avons chanté, dansé. Maintenant, le disque est rayé. Il a des ratés.

Nous avons construit la vie meilleure, nous avons jeté nos pesticides à l'eau, nos fumées dans l'air, nous avons conduit trois voitures, nous avons vidé les mines, nous avons mangé des fraises du bout du monde, nous avons voyagé en tous sens, nous avons éclairé les nuits, nous avons chaussé des tennis qui clignotent quand on marche, nous avons grossi, nous avons mouillé le désert, acidifié la pluie, créé des clones, franchement on peut dire qu'on s'est bien amusés.

On a réussi des trucs carrément épatants, très difficiles, comme faire fondre la banquise, glisser des bestioles génétiquement modifiées sous la terre, déplacer le Gulf Stream, détruire un tiers des espèces vivantes, faire péter l'atome, enfoncer des déchets radioactifs dans le sol, ni vu ni connu.

Franchement on s'est marrés. Franchement on a bien profité.

Et on aimerait bien continuer, tant il va de soi qu'il est plus rigolo de sauter dans un avion avec des tennis lumineuses que de biner des pommes de terre. Certes. Mais nous y sommes. A la Troisième Révolution. Qui a ceci de très différent des deux premières (la Révolution néolithique et la Révolution industrielle, pour mémoire) qu'on ne l'a pas choisie. « On est obligés de la faire, la Troisième Révolution? » demanderont quelques esprits réticents et chagrins. Oui. On n'a pas le choix, elle a déjà commencé, elle ne nous a pas demandé notre avis. C'est la mère Nature qui l'a décidé, après nous avoir
aimablement laissé jouer avec elle depuis des décennies.

La mère Nature, épuisée, souillée, exsangue, nous ferme les robinets. De pétrole, de gaz, d'uranium,d'air, d'eau.Son ultimatum est clair et sans pitié : Sauvez-moi, ou crevez avec moi (à l'exception des fourmis et des araignées qui nous survivront, car très résistantes, et d'ailleurs peu portées sur la danse).

Sauvez-moi, ou crevez avec moi. Evidemment, dit comme ça, on comprend qu'on n'a pas le choix, on s'exécute illico et, même, si on a le temps, on s'excuse, affolés et honteux. D'aucuns, un brin rêveurs,tentent d'obtenir un délai, de s'amuser encore avec la croissance. Peine perdue. Il y a du boulot, plus que l'humanité n'en eut jamais. Nettoyer le ciel, laver l'eau, décrasser la terre, abandonner sa voiture, figer le nucléaire, ramasser les ours blancs, éteindre en partant, veiller à la paix, contenir l'avidité, trouver des fraises à côté de chez soi, ne pas sortir la nuit pour les cueillir toutes, en laisser au voisin, relancer la marine à voile, laisser le charbon là où il est, récupérer le crottin, pisser dans les champs (pour le phosphore, on n'en a plus, on a tout pris dans les mines, on s'est quand même bien marrés).

S'efforcer. Réfléchir, même.

Et, sans vouloir offenser avec un terme tombé en désuétude, être solidaire. Avec le voisin,avec le monde. Colossal programme que celui de la Troisième Révolution.

Il y a de quoi être fatigué. Il y a de quoi vouloir laissé tomber. Il y a de quoi vouloir trouver des échappatoires comme le déni ou la déresponsabilisation mais il n'y a plus d'échappatoire possible, alors allons-y.

Encore qu'il faut noter que récupérer du crottin, et tous ceux qui l'ont fait le savent, est une activité foncièrement satisfaisante. Qui n'empêche en rien de danser le soir venu, ce n'est pas incompatible. A condition que la paix soit là, à condition que nous contenions le retour de la barbarie, une autre des grandes spécialités de l'homme, sa plus aboutie peut-être.

A ce prix, nous réussirons la Troisième révolution. A ce prix, la qualité de vie redeviendra acceptable et l'état de la planète pour les générations futures le sera aussi.

A ce prix nous danserons, autrement sans doute, mais nous danserons encore.

 

Tag(s) : #Ecolo'Di

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